
Votre facture électricité pèse plusieurs centaines de milliers d’euros par an. Vous avez entendu parler du retour du tarif vert depuis février 2025. Et vous vous demandez si ce dispositif pourrait alléger la note. Soyons clairs : la réponse dépend entièrement de votre profil de consommation. Dans mon accompagnement des grands comptes industriels, je constate que cette question génère énormément de confusion. Certains directeurs achats foncent tête baissée vers le tarif réglementé, persuadés de faire une bonne affaire. D’autres restent figés en offre de marché par peur de la complexité administrative. Les deux se trompent souvent.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en gestion énergétique personnalisé. Les tarifs évoluent régulièrement. Consultez un courtier en énergie ou votre fournisseur pour une analyse adaptée à votre profil de consommation.
L’essentiel sur le tarif vert en 30 secondes
- Réintroduit en février 2025 pour les sites raccordés haute tension
- Compétitif uniquement pour certains profils à consommation longue durée
- Les offres de marché restent souvent plus avantageuses pour les profils variables
- Les dépassements de puissance peuvent annuler les économies attendues
Points clés abordés
Ce que le tarif vert change concrètement pour votre facture
Le tarif vert n’est pas une nouveauté. Il a existé pendant des décennies avant d’être supprimé en 2016 lors de l’ouverture totale du marché. Sa réintroduction début 2025 répond à une demande des entreprises énergivores qui cherchaient une alternative aux fluctuations des prix de marché. Conformément au décret n°2025-49 du 15 janvier, ce tarif s’adresse exclusivement aux sites raccordés en haute tension, c’est-à-dire au-delà de 1 kilovolt.
Concrètement, cela concerne les compteurs de type SAPHIR ou ICE. Si vous avez un Linky, vous n’êtes pas éligible. Pour consulter la grille tarifaire complète du edf tarif vert, référez-vous aux publications officielles de la CRE. Le mécanisme tarifaire repose sur un système horosaisonnier avec cinq plages distinctes pour la catégorie A5 : pointe, heures pleines hiver, heures creuses hiver, heures pleines été et heures creuses été.

La structure de facturation comprend une prime fixe annuelle proportionnelle à la puissance souscrite, plus une part variable selon les kWh consommés dans chaque plage horaire. D’après le communiqué EDF du 1er février 2026, l’accise électricité s’établit à 26,58 €/MWh pour les professionnels ayant une puissance supérieure à 36 kVA. Ce qui me frappe dans les dossiers que je traite, c’est que beaucoup de responsables énergie ne réalisent pas que le prix en pointe hiver représente le tarif le plus élevé de la grille, parfois le double des heures creuses été.
69,8%
des clients non résidentiels restent en offre de marché selon la CRE
Ce chiffre de l’observatoire CRE T2 2025 en dit long. Près de sept entreprises sur dix préfèrent négocier directement avec les fournisseurs plutôt que de revenir au tarif réglementé. Ce n’est pas un hasard. Les offres de marché permettent une personnalisation que le tarif vert ne peut pas offrir.
Tarif vert ou offre de marché : le match selon votre profil
Franchement, la question ne devrait jamais être posée de manière aussi binaire. Le tarif vert peut être intéressant pour certains profils et catastrophique pour d’autres. Dans les dossiers que j’ai traités depuis la réintroduction, je constate que la durée d’utilisation constitue le critère discriminant numéro un.

Tarif vert ou offre marché : le test selon votre profil
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Durée utilisation très longue (process continu 24h/24) :
Tarif vert potentiellement intéressant. Comparez avec une offre CARD sur mesure avant de signer.
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Durée utilisation longue (horaires bureau étendus) :
Match serré. Un benchmark avec trois fournisseurs minimum s’impose avant toute décision.
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Durée utilisation moyenne ou courte (pics saisonniers) :
Offre de marché généralement plus compétitive. Le tarif vert vous pénalisera sur les pointes.
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Profil atypique (forte variabilité, autoconsommation) :
Contrat sur-mesure obligatoire. Consultez un courtier spécialisé grands comptes.
Utilisation longue ou très longue : quand le tarif vert peut séduire
Les sites industriels fonctionnant en feu continu, comme les fonderies, les papeteries ou certaines industries chimiques, peuvent tirer leur épingle du jeu avec le tarif vert. Leur consommation lissée sur l’ensemble des plages horaires permet de diluer l’impact des heures de pointe. J’ai accompagné une cimenterie l’an dernier dont la courbe de charge était quasi-plate sur 24 heures : le tarif vert leur offrait une économie d’environ 4% par rapport à leur précédente offre de marché.
Attention toutefois : cette situation reste l’exception. Même pour ces profils, les contrats CARD négociés avec un bon benchmark peuvent s’avérer plus intéressants. La différence tient souvent dans la capacité à obtenir des prix spot avantageux lors des périodes creuses.
Utilisation courte ou moyenne : le piège à éviter
Mon avis, qui n’engage que moi : pour une industrie fonctionnant en 2×8 ou avec une activité saisonnière marquée, le tarif vert n’a généralement aucun intérêt. J’ai vu trop de directeurs achats se faire avoir par la promesse d’un tarif « régulé donc rassurant ». La réalité ? Leur consommation se concentrait sur les plages chères, et la facture a explosé.
Je pense à un dossier traité à Lyon : une ETI agroalimentaire avec une production saisonnière concentrée d’octobre à février. Le pire timing possible avec le tarif vert, puisque toute leur consommation tombait en heures pleines hiver et pointe. Après analyse de leur courbe de charge, nous avons calculé qu’un maintien en offre de marché leur faisait économiser 12% par rapport au tarif vert.
Profils atypiques : pourquoi le sur-mesure reste imbattable
Les sites avec autoconsommation partielle, stockage ou forte variabilité de charge ne rentrent tout simplement pas dans les cases du tarif vert. La grille horosaisonnière rigide ne permet aucune optimisation fine. Les contrats sur mesure de type CARD, négociés directement avec les fournisseurs, offrent des mécanismes d’ajustement impossibles à obtenir en tarif réglementé.
| Critère | Tarif Vert | Offre de Marché | Notre analyse |
|---|---|---|---|
| Prix kWh moyen | Fixé par CRE | Négociable | Avantage marché si bon benchmark |
| Flexibilité contractuelle | Faible | Élevée | Avantage net offre marché |
| Gestion dépassements | Pénalités lourdes | Modulable | Avantage marché pour profils variables |
| Réactivité renégociation | Délais administratifs | Rapide | Avantage marché |
| Prévisibilité budgétaire | Bonne | Variable | Avantage tarif vert |
Les 3 pièges qui plombent la facture des industriels
L’erreur la plus fréquente que je rencontre chez les industriels ? Croire que le tarif vert est automatiquement moins cher parce qu’il est « réglementé ». Cette croyance coûte cher. Voici les trois pièges majeurs que j’ai identifiés depuis la réintroduction du dispositif.
Le piège des dépassements de puissance
Sur les profils industriels à forte variabilité de charge, les dépassements peuvent générer un surcoût de 8 à 15% sur la facture annuelle. Calibrez précisément votre puissance souscrite avant de signer. Ce constat est limité aux profils à forte variabilité et peut varier selon le type d’activité et la saisonnalité.
Premier piège : la sous-estimation des dépassements. Dans mon accompagnement des grandes entreprises depuis la réintroduction du tarif vert, je constate que ce poste est systématiquement sous-évalué. Les pics de puissance imprévus, les démarrages machines simultanés, les vagues de froid : autant de situations qui font sauter le compteur et déclencher des pénalités. Un directeur technique m’a appelé la semaine dernière, désemparé : sa facture avait grimpé de 14% à cause d’un seul pic en janvier.
Deuxième piège : le mauvais timing de bascule. Les délais administratifs pour passer au tarif vert tournent autour de trois mois. Si vous entamez les démarches en septembre, vous risquez de basculer en plein hiver, au moment où les prix sont les plus élevés. Faire appel à un courtier en énergie pour votre entreprise permet d’anticiper ces contraintes calendaires et de benchmarker efficacement les offres.
Troisième piège : la comparaison incomplète. Comparer le prix du kWh brut entre tarif vert et offre de marché ne suffit pas. Il faut intégrer la prime fixe, les taxes, les contributions, et surtout simuler l’impact sur VOTRE courbe de charge réelle. Sans cette analyse personnalisée, vous prenez une décision à l’aveugle.
Cas terrain : ETI agroalimentaire en Bretagne
J’ai accompagné le directeur technique d’une PME industrielle agroalimentaire basée près de Rennes. Site de production avec une puissance de 450 kVA, production très saisonnière liée aux cycles agricoles. Il hésitait entre rester en offre de marché ou basculer au tarif vert. Après analyse de sa courbe de charge, le verdict était sans appel : la grille horosaisonnière du tarif vert était mal adaptée à sa production concentrée sur quatre mois. Maintien en offre de marché avec économie de 12% par rapport au tarif vert.
Négocier mieux que le tarif vert : mode d’emploi
Si vous ne devez retenir qu’une chose : le tarif vert n’est pas une fin en soi, c’est un point de référence. Votre objectif n’est pas de l’adopter aveuglément, mais de l’utiliser comme benchmark dans vos négociations. Les fournisseurs alternatifs détiennent aujourd’hui plus de 52% de la consommation non résidentielle selon la CRE. Cette concurrence joue en votre faveur.
Conseil pro : Demandez systématiquement trois devis en parallèle, dont un calé sur la structure du tarif vert. Cela vous donne une base de comparaison objective et renforce votre position de négociation.
La méthode que je recommande toujours se déroule en cinq étapes. Commencez par récupérer votre courbe de charge détaillée sur 12 mois auprès de votre gestionnaire de réseau. Ensuite, identifiez votre profil de durée d’utilisation en calculant le ratio consommation annuelle / puissance maximale appelée. Simulez ensuite l’impact des différentes plages horosaisonnières du tarif vert sur votre profil réel. Sollicitez au minimum trois fournisseurs pour obtenir des devis comparables. Enfin, vérifiez la compatibilité de votre compteur actuel avec les différentes options.
Au-delà du choix tarifaire pur, l’optimisation énergétique de votre entreprise passe aussi par l’amélioration de vos équipements et de vos process. Un euro économisé en efficacité vaut autant qu’un euro négocié sur le tarif.
Avant de choisir : 5 points à vérifier
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Analyser votre courbe de charge sur 12 mois complets -
Identifier votre profil de durée d’utilisation (courte, moyenne, longue) -
Calculer l’impact des plages horosaisonnières sur votre consommation -
Demander 3 devis offres de marché minimum pour comparer -
Vérifier la compatibilité de votre compteur (SAPHIR, ICE)
Vos questions sur le tarif vert en entreprise
Mon entreprise est-elle éligible au tarif vert ?
Le tarif vert concerne les sites raccordés en haute tension (au-delà de 1 kilovolt) avec des compteurs de type SAPHIR ou ICE. Si vous avez un compteur Linky ou une puissance inférieure à ce seuil, vous n’êtes pas éligible. Les compteurs communicants basse tension ne permettent pas d’accéder à ce tarif.
Le tarif vert est-il moins cher que les offres de marché ?
Pas systématiquement. La réponse dépend de votre profil de consommation. Pour les sites à utilisation très longue et régulière, le tarif vert peut être compétitif. Pour les profils à consommation variable ou saisonnière, les offres de marché s’avèrent généralement plus avantageuses grâce à leur flexibilité.
Comment passer du tarif vert à une offre de marché ?
La bascule nécessite de résilier votre contrat tarif vert avec un préavis (généralement 30 jours) puis de souscrire auprès du fournisseur de votre choix. Comptez environ 2 à 3 mois pour la transition complète. L’inverse est également possible, avec des délais similaires.
Les dépassements de puissance sont-ils pénalisants au tarif vert ?
Oui, significativement. Les modalités de calcul des dépassements au tarif vert peuvent générer des surcoûts importants, surtout pour les sites à forte variabilité de charge. Un calibrage précis de votre puissance souscrite est indispensable avant de signer.
Quels compteurs sont compatibles avec le tarif vert ?
Seuls les compteurs haute tension de type SAPHIR (courbe de charge télérelevée) ou ICE sont compatibles avec le tarif vert. Les compteurs Linky et les compteurs électromécaniques basse tension ne permettent pas d’accéder à ce dispositif tarifaire.
Précisions sur les tarifs 2026 : Les grilles présentées correspondent aux données de février 2026 et peuvent évoluer lors des prochaines délibérations de la CRE. Chaque profil de consommation génère un impact différent. L’analyse comparative nécessite une étude personnalisée de votre courbe de charge par un professionnel.
La prochaine étape pour vous
Le tarif vert n’est ni la solution miracle ni le piège absolu. C’est un outil parmi d’autres dans votre arsenal de négociation énergétique. Ce qui compte vraiment ? Connaître précisément votre profil de consommation avant de prendre une décision. Trop de directeurs achats signent à l’aveugle, puis découvrent les mauvaises surprises à la première facture.
Plutôt que de vous demander « tarif vert ou pas tarif vert », posez-vous cette question : avez-vous analysé votre courbe de charge sur les 12 derniers mois ? Si la réponse est non, c’est par là qu’il faut commencer. Le reste en découle naturellement.